ARTICLE JOURNAL DU STAGIAIRE – SALE MEUF #165, ZOUZ
Thèmes : féminisme, capitalisme, éducation, sexualité, agressions, injustices, histoire, art, culture, Bruxelles
Dans Sale Meuf, bookleg #165 publié aux éditions maelstrÖm reEvolution en 2021, la plume de Zouz croise les croquis de Mozay pour dénoncer le monde patriarcal et capitaliste dans lequel nous vivons. Et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’elle ne mâche pas ses mots ! De fait, Zouz revendique ses vers tonitruants, parfois difficiles à entendre mais tellement justes. Elle clame sa rage avec force et conviction non seulement pour rameuter les féministes de notre société, mais également pour permettre une remise en question à ceux qui minimisent les enjeux d’une telle domination systémique.
Au sein de l’équipe maelstrÖm, deux stagiaires ont eu l’occasion de découvrir Zouz et ont tenu à rédiger leur article sur cette artiste. Après un commentaire commun concernant « Taxe Rose », vous trouverez ci-dessous les impressions de Claire à propos de « Culturicide » ainsi qu’une lecture globale de Chloé à partir du slam « Berceuse ».
Taxe Rose – impressions de Claire et Chloé :
« Taxe Rose » est un slam qui s’impose comme un texte clé au sein du bookleg, à la fois accessible par son oralité et incisif par sa lucidité politique, mêlant vécu personnel et critique sociale. Dans ce texte, Zouz pointe du doigt de façon percutante les mécanismes économiques qui structurent la condition féminine. On le constate dès le début avec la répétition en boucle du mot « ROSE » qui souligne la construction culturelle inscrite dans notre société et inculquée aux petites filles « dès le berceau ». Cette anaphore permet à l’autrice de montrer comment le genre est associé très tôt à une logique marchande.
Vient ensuite une énumération de produits de beauté qui traduit l’accumulation des injonctions faites aux femmes dont le corps est également perçu comme un espace de consommation. La féminité se veut construite, entretenue et surtout, payante.
Zouz dépasse cependant la simple critique de « la taxe rose » en révélant un autre versant : celui où la féminité est à la fois une contrainte économique et une ressource exploitée. Ceci est rendu explicite dans le passage où même les soi-disant avantages tels que les entrées gratuites en boite et les cocktails offerts participent à l’objectification : « quand c’est gratuit c’est toi le produit ».
Elle écrit également dans son texte « Mon vagin est soumis à plus de lois économiques que les armes à feu ». Ça nous a fait penser, à contrecœur, aux États-Unis et à leur loi anti-avortement, alors que, soyons honnêtes, leur plus gros souci c’est justement les armes à feu, et non le vagin des femmes.
Oui, nous sommes des femmes, chose que nous n’avons pas choisie mais que nous assumons, avec son lot d’inconvénients, on ne va pas se le cacher ; pilule non remboursée après l’âge de 25 ans, rendez-vous chez le gynéco une fois l’année pour s’assurer que tout aille bien, pour au final qu’on nous dise qu’on ne peut rien faire contre les douleurs des règles. Pourquoi y-a-t ’il autant de lois sur notre petit vagin alors qu’on ne s’inquiète pas de son bien-être ?
Culturicide – impressions de Claire :
Tout en accordant une place centrale aux femmes, Zouz replace également la culture au cœur du débat collectif dans son bookleg. L’oralité, toujours présente dans ses textes, sert ici le propos à juste titre : elle permet de rendre compte de l’expérience vécue des artistes qui se retrouvent bien trop souvent en situation de précarité et rappelle que la culture, présente partout et en tout temps, constitue un besoin fondamental au même titre que se nourrir.
Ayant des proches et connaissances faisant partie du secteur culturel, je ne peux être insensible aux mots de Zouz. Nombre d’artistes essayent tant bien que mal de se faire une place dans la société en partageant leur art, mais la tâche est malheureusement rendue ardue par des décisions politico-économiques qui jugent la culture moins essentielle. Zouz le démontre en rappelant par exemple les mesures prises lors du déconfinement en 2020 : « Y’a de quoi se poser des questions/Quand je vois que le gouvernement/Cible pour le déconfinement/D’faire réouvrir les magasins, aberration ! ». Rouvrir les commerces plutôt que les lieux culturels confirme cette hiérarchie des besoins.
Cependant, ignorer et dévaloriser l’importance de la culture la fait mourir à petit feu. Or, c’est par l’art que la plupart des messages se font entendre. Il est crucial pour nous, artistes, de continuer à créer, à témoigner et à résister face à ce qui cherche à nous faire taire. Comme le dit Zouz : « Tuer l’artiste c’est tuer la parole ». Sans création, il n’y a plus de regard critique, plus de langage pour penser le monde. Cette idée résonne particulièrement en moi grâce à mes études en lettres qui m’ont amenée à me sensibiliser aux enjeux de la littérature (au sens large du terme) et, à mon sens, l’intérêt que l’on porte à cette discipline est signe d’une volonté de préserver cette capacité à dire, à contester et à imaginer.
Berceuse – impressions de Chloé :
Zouz a un talent avec les mots, personne ne peut en dire le contraire. Pourtant, dans le poème « Berceuse », elle reste humble. Elle écoute du rap et admire les rappeurs pour les punchlines qu’ils trouvent car elle estime ne pas pouvoir en écrire des pareilles. Je trouve cependant que son texte, tout son bookleg d’ailleurs, est plus puissant que n’importe quel rap. Elle est pour moi comme elle décrit les rappeurs : « gens inspirants/(…)/mais qui arrivent à capter l’néant/qui trouvent le mot juste et précis/pour décrire la pointe qui t’perce le cœur/qui mettent des mots sur ta tristesse infinie/sur tes colères/tes rancœurs/j’me sens écoutée et entendue/quand j’entends une putain de punchline que moi-même écrire j’aurais pas pu/ce franc-parler me transcende/va au-delà des valeurs marchandes ». Dès le début elle m’a percutée avec ses mots, elle a mis des mots sur ce que je n’ai jamais réussi à exprimer, et la voir dire, quelques pages plus loin, ce que je pense d’elle, alors qu’elle parle des rappeurs, c’était comme une petite cerise sur un gâteau. Oui Zouz est puissante avec ses mots, elle n’y va pas par quatre chemins, elle est directe et oui, ce n’est peut-être pas pour tout le monde, mais je me suis sentie comprise en la lisant, comprise dans mon rôle de jeune femme d’aujourd’hui, j’ai compris que je n’étais pas seule avec ma colère envers le monde, envers la case de la femme dans laquelle on essaie de me mettre depuis que je suis née, et dans laquelle je ne veux pas rentrer. Elle n’aborde pas seulement la place de la femme et le féminisme, elle aborde aussi la vie d’artiste, Bruxelles et l’histoire de la Belgique.
Nous vous recommandons vivement de lire Zouz (et en particulier Sale Meuf) comme nous le conseillerions à nos proches, amis et famille, avec l’espoir qu’ils parviennent à comprendre notre révolte face au monde.

