BICHE BOY DE BO RAINOTTE / BICHE BOY BY BO RAINOTTE
(english version below)
Tout le monde devrait lire Biche Boy.
Autobiographie, récit de vie, certes, mais aussi un grand récit de l’humanité. Des pages d’un journal intime qu’on tient quand on est petit·e à des confessions sur une appli Mémo en passant par un blog, ce livre ne m’a pas laissé de marbre. Un recueil d’archives de pensées de tout un être, de toute une existence, rassemblées dans un ouvrage, et ce par l’auteur lui-même, est une idée grandiose. C’est en quelque sorte une étude sur soi méditative. Prendre de la distance sur son passé et observer la beauté des racines. S’aimer et câliner nos versions antérieures.
Peu à peu pendant ma lecture, je me suis demandé si je devais faire la même chose ; retrouver des bribes de poèmes, de chansons, de confessions écrites et cadenassées pendant l’enfance et l’adolescence, peut-être pour y trouver des réponses sur qui je suis. Mais Bo l’écrit si bien, “ On naît ce qu’on devient. ” (p.128)
(ce fut compliqué de choisir des citations car si je le pouvais, je citerais le livre entier)
C’est un étrange sentiment que de rentrer dans la tête de quelqu’un·e en lisant ses écrits les plus intimes, écrits qui parfois ne pensaient même pas voir un public les décortiquer dans un train. C’est comme un trésor. À force de lire, je le comprends de plus en plus, Bo. Je l’avais vu au concert de la PRIDE 2022 car je kiffais sa musique. Il me ressemble d’une certaine façon. Et à vrai dire, il nous ressemble toustes. On a chacun·e une partie de Bo en soi, comme lui a une partie de nous en lui : Qui ne s’est jamais demandé·e qui iel était vraiment ? S’iel est ce qu’iel veut être ou simplement s’iel est ce qu’iel est censé·e être aux autres ? Voir ces questionnements aussi viscéralement écrits noir sur blanc me donne un sentiment chaleureux malgré la brutalité des mots. Nous ne sommes jamais seul·e·s.
En tant que personne qui s’est longtemps cherchée dans le spectre du genre, et qui se cherchera toujours, ce livre a profondément résonné en moi : Être né une fille avec toutes les conséquences que ça entraîne, dans ce monde-ci, c’est pas facile. Pas facile de trouver qui on est. Pas facile de vouloir l’être. Pas facile au milieu de toutes les injonctions.
Grandir adolescente est encore plus difficile. L’arrivée de la puberté s’annonce avec cris et trompettes : faut devenir femme maintenant. Fais-toi aimer des hommes, VITE ! Être une adolescente, c’est survivre :
“ Ressembler aux autres
Être acceptée à l’école
Se faire des amis
Intégrer une bande
Plaire aux garçons puis aux hommes
Être désirée
Être aimée ” (p.127)
Et :
“ Le mec ne comprend pas pourquoi il ne peut pas mettre sa main dans ta culotte en même temps que sa langue dans ta bouche, alors que toi t’es encore au stade où tu te demandes si on doit tourner vers la gauche ou vers la droite. ” (p.93)
Devenir une femme, c’est toujours survivre, mais différemment. On s’y habitue, ou pas. La soif et la validation des hommes nous rendent heureuses — ce que l’on croit, oui. Et puis on subit. On ne s'en aperçoit même pas tout de suite tellement on a été drillées et conditionnées par nos propres mères. Et nos propres pères qui ne foutent rien à part t’enfoncer. Et puis la réalisation, le choc, le dégoût, le rejet, le regret, la colère, colère furieuse et combustible à l’infini. Pourquoi est-ce aussi dur d’être une femme ? En lisant ce livre, je me rends compte que je suis loin d’être la seule. Des années à me délecter de l’envie des hommes, à me sentir supérieure à eux, à m’en servir pour me sentir mieux. Mensonges et illusions. Le carquois dans lequel je demeurais restreinte explose. Je me rends compte que ça n’est absolument pas ce que je veux faire ni ce que je veux être, lorsque je prends conscience que j’ai été violée plusieurs fois. Comme le dit Bo :
“ Tu dis toujours OUI, on t’a pas appris à dire NON
Cette lacune dans ton vocabulaire
Laissera des traces dans le fond de tes pantalons ” (p.195)
Ou :
“ En gardant le silence, je protège qui ? ”(p.133)
Et :
“ Nous sommes samedi 22 juillet 2017, je vais fêter mon anniversaire, et cette nuit j’ai été violée.
Et non, ce matin-là, je ne le sais pas. Je me dis que c’est normal. Que c’est sans doute le début d’une nouvelle histoire. Que j'aurais fini par coucher avec lui un jour, peut-être, sans doute. C’est juste arrivé plus vite que prévu. (...) On croit toujours qu’un viol, c’est un inconnu avec une capuche sur le visage dans une ruelle sombre. Ce n’est pas vrai. C’est bien plus que ça. ” (p.112)
Devenir un homme, on survit aussi. Notre corps serait-il la réponse ? Le regard des autres change et se mue en curiosité malsaine. Mais nous sommes libres. Nous existons. On sourit et on nage torse nu les jambes rasées. On porte des jupes avec des caleçons. Nos corps sont beaux, diversiFées, courageux et ils existent. Ils sont acte de liberté. “ TRANSMUTANTION ” (p.208).
Lire ce livre fut une bouffée d’air frais. Il m’a rappelé qu’en fait, ON S’EN FOUT. Tu n’aimes pas que je mette tel vêtement, que je fasse telle opération, que j’embrasse une femme ou un homme ou n’importe qui sur la bouche, que j’utilise tel prénom car ça me rend HEUREUXE ? ON. S’EN. FOUT. On fait de mal à personne, on veut juste être nous-mêmes car ça nous fait sourire et aimer le soleil.
Certes je n’ai que 23 ans sur cette Terre, et Bo m’a bien montré qu’on a toute la vie pour être qui on est, pour franchir les obstacles et célébrer les réussites. J’ai le temps, Bo a le temps, tu as le temps.
Tout le monde devrait lire Biche Boy et voir qui iels sont vraiment.
(N.B. : J’adore Sexy Sushi aussi)
Léanne/Léon Roger, 12/04/2026
Mots-clés : Féminisme, Autisme, Transidentité, Violences, Abstinence, Identité, Soi, Artiste, Rupture, Corps, Mémoire, Sexe, Consentement, Dépression, Réseaux Sociaux
(EN)
Everybody should read Biche Boy.
It is indeed an autobiography, a whole life story, but it is above all a great story about humanity. From the pages of a diary we keep when we’re a child, to a weblog, to confessions on a Notes app, this book did not go unnoticed for me : a collection of archives of thoughts from a whole human being, from a whole existence, gathered in one single work by the author himself is a spectacular idea. It is in some way a contemplative study of the self. To take a step back from our past and observe the beauty of the roots. To love oneself and hug the previous versions of ourselves.
As I kept reading, I wondered if I should do the same with my life ; dig up fragments of poems, songs, padlocked written confessions of my childhood and adolescence, to maybe find out who I really am. However, Bo writes it so well : “ We born what we become ” (p.128, self-translation)
(It was rather difficult to pick quotes because if I could, I would quote the entire book)
It is a strange feeling to get inside someone’s mind as we read through their most private writings, many of which did not even imagine seeing an audience one day, peeling away the words in a train. It’s like a treasure. Throughout my reading, I understood Bo more and more. I saw him once at the Brussels PRIDE 2022 at his concert because I loved his music. In a way, he is like me. Actually, he is like all of us. We all have a part of Bo inside us, as Bo has a part of us inside him : Who has never wondered who they really are ? Whether they are who they want to be or whether they simply are who they are supposed to be to others ? Grasping these deep questionings violently written in black and white gave me a warm sensation despite the brutality of the words. We are never alone.
As someone who searched themself for a long time on the gender spectrum, and who will still be looking for themself, this book resonated deep within me : To be born a girl, with all the consequences it embroils, in this world, is not easy. Not easy to find who we are. Not easy to want to be who we are. Not easy in the midst of all the injunctions.
To grow up as a teenage girl is even more difficult. Puberty announces its arrival with shrieking and trumpets : you must become a woman now. Get yourself loved by men, QUICK ! To be a teenage girl is surviving :
“ Look like the others
Be accepted at school
Make friends
Integrate a group
Be liked by boys then by men
Be desired
Be loved ” (p.127, self-translation)
And :
“ The guy doesn’t even understand why he can’t put his hand in your panties and his tongue in your mouth at the same time, meanwhile you’re still wondering if you must spin right or left with your tongue. ” (p.93, self-translation)
To become a woman is still surviving, but differently. We get used to it, or not. Men’s thirst and validation make us happy, or so we believe. And then, we suffer. We don’t even notice it right away because we’ve been so much drilled and conditioned by our own mothers. And our own fathers who do nothing except bury us further down. And then, the realization, the shock, the disgust, the rejection, the regret, the wrath, a rage so furious to be infinitely consumed. Why is it so hard to be a woman ? While reading this book, I understood I was far from being the only one. Years of relishing men’s desire, of feeling superior to them, of using them to make myself feel better. Lies and illusions. The sheath in which I stayed restrained bursts apart. I become conscious of the fact that it is not what I want to do neither what I want to be, as I realized I have been raped several times. As Bo said it :
“ You always say YES, you were not taught how to say NO
This gap in your vocabulary
Will leave marks in the bottom of your pants ” (p.195, self-translation)
Or :
“ When I silence myself, who am I protecting ? ”(p.133, self-translation)
And :
“ It is Saturday, July 22nd, 2017, I am about to celebrate my birthday, and tonight I have been raped.
And no, that morning, I do not know. I tell myself that it’s normal. That it’s probably the start of a new story. That I would have ended up having sex with him one day, maybe, probably. It just happened sooner than expected. (...) We believe that rape means a stranger with a hood on the face in a dark alleyway. This is not true. It is much more than that. ”(p.112, self-translation)
To become a man, we survive too. Would our body be the key ? The glance of others changes and moults into unhealthy curiosity. But we are free. We exist. We smile and we swim bare-chested, legs shaved. We wear skirts with boxer shorts. Our bodies are beautiful, di(Uni)verse, brave and they exist. They are an act of freedom. “ TRANSMUTANTION ”(p.128).
Reading this book was a breath of fresh air. It reminded me that, in fact, NO ONE CARES. You don’t like it when I wear certain clothes, when I undergo a certain surgery, when I kiss a woman or a man or whomever on the lips, when I use a certain name because it makes me HAPPY ? NO. ONE. CARES. We are not harming anyone, we just want to be ourselves because it makes us smile and hug the sun.
I am only 23 years old on this Earth, sure, and Bo clearly showed me that we have our whole lives ahead to figure out who we are, to overcome the obstacles and celebrate the successes. I got time, Bo got time, you got time.
Everybody should read Biche Boy and find out who they really are.
(N.B. : I’m also a fan of Sexy Sushi)
Léanne/Léon Roger, 12/04/2026
Key words : Feminism, Autism, Transidentity, Violence, Abstinence, Identity, Self, Artist, Break-Up, Body, Memory, Consent, Depression, Social Media

