Parlons boutique - Journal de Marcello

lundi, 03 décembre 2018 22:59

De retour d'une escapade parisienne...

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Chers amis, pour inaugurer ce nouveau site maelstrÖm j’aimerais utiliser cet espace pour vous conseiller régulièrement sur les livres présents dans notre chère boutique.
Revenus depuis peu d’une escapade parisienne au Salon de l’Autre Livre, où nous avons défendu les couleurs de notre maison d’édition, nous en avons profité pour nous renseigner et faire emplette de nouveaux titres des maisons d’édition que nous chérissons. Ici de suite une série de livres que je vous conseille pour vos cadeaux de Noël (ou pour vous-mêmes, naturellement). Ennemis de la poésie s’abstenir !

Commençons par les éditions du Chemin de fer, qui nous proposent une merveilleuse édition cartonnée de L’autre monde, ou Les états & empires de la lune de Cyrano de Bergerac, dont le texte est rehaussé par les collages de Benjamin Monti qui ponctuent le récit, à l’image des illustrations qui accompagnaient les romans de Jules Verne.

La collection graphique Ymagier de la maison Ypsilon s’enrichit de Le lait des rêves, un magnifique album par un des artistes qui a le plus marqué maelstrÖm : nous nommons ici Leonora Carrington et sa magie. Il s’agit d’un livre de contes en poésie que Leonora Carrington écrivit pour ses enfants pour ensuite en faire don à Alejandro Jodorowsky. L’histoire de la genèse du livre nous est offerte en bonus à la fin par le biais de deux essais signés par son fils Gabriel Weisz et par le même Jodorowsky. Les contes, des petites merveilles de fantaisie, sont naturellement accompagnés de nombreux dessins de l’auteur, également célèbre en tant que peintre. Un des plus beaux cadeaux qu’on puisse offrir à ses enfants.

Les éditions Bruno Doucey viennent de publier le recueil Auschwitz est mon manteau de Ceija Stojka, à l’occasion de l’exposition dédiée à la même artiste à La Maison rouge, à Paris. Ceija Stojka, autrichienne d’origine rom, fut déportée dans plusieurs camps de concentration allemands à l’âge de dix ans. Elle survécut. Quarante ans après, en autodidacte, elle décida de créer pour rompre le silence. Sa poésie, traduite de l’allemand, est toute simple et extrêmement touchante, la clarté de ses paroles illumine la page et les poèmes ne semblent reposer sur aucun artifice, mais plutôt nous offrir une vision du monde et de la vie qui est poétique en elle-même.

Nos amis suisses de Héros-Limite nous ont recommandé Un monde à part (sous-titre Cartes et territoires) de Kenneth White, le poète écossais chantre de la « géopoétique ». Comme le dit l’auteur même dans la préface, « ce livre est court, mais ses intentions sont grandes ». Le livre, une suite d’essais, est divisé en trois parties (Initiations et excitations, Investigations et expériences, Origines et horizons), trois sections distinctes dans lesquelles on passe d’un Éloge de la cartographie, à une série d’essais sur plusieurs parties du monde (la côte balte, la mer Noire, la steppe russe, le Gange…), pour terminer en se penchant sur le pays d’origine, l’Écosse, parce que « ce qui compte avant tout, c’est où l’on va, mais (…) pour bien en-aller, il est bon (…) de faire une autoanalyse la plus complète possible.)

Dans la même veine les éditions Poesis nous présentent Un petit monde, un monde parfait de Marco Martella, un essai dédié à la poésie des jardins par un auteur qui est lui-même jardinier et membre de l’Institut européen des jardins et paysages. Au fil des pages, il nous présente plusieurs jardins célèbres en Italie, en France, au Portugal, en Angleterre en s’appuyant sur des oeuvres poétiques de Philippe Jaccottet, Hermann Hesse ou Vita Sackville-West. Un livre qui se veut une ode aux jardins et à ceux qui ont su en capter l’essence.

Depuis peu nous avons aussi créé une place pour les éditions Allia, qui nous offrent des petits bijoux de poésie: de Garcia Lorca à William Blake, de Mandelstam au Spoon River d’Edgar Lee Masters, mais mon préféré est sans doute Au palais des images les spectres sont rois, un pavé dans lequel sont recueillis la totalité des écrits d’un auteur cultissime, Paul Nougé, un des leaders du surréalisme belge, connu pour prêcher l’effacement de toute œuvre littéraire en tant que corruption de l’idée et des principes mêmes du surréalisme, et en cela nettement en contraste avec l’idéologie de Breton. Le livre est le résultat d’un travail de recherche monumental, et les textes de Nougé très éclectiques.
Ce livre est un must pour tout amateur du surréalisme et en même temps de la rigueur intellectuelle.

Il n’est pas tout nouveau (mais pas très vieux non plus, 2016) mais nous le recevons pour la première fois cet hiver, le recueil Des falaises de Mélanie Leblanc, publié par Cheyne éditeur. Mélanie Leblanc est une fée que la boutique et le fiEstival connaissent bien, une fée amie, elle nous présente ici un recueil thématique où les falaises même prennet la parole

la craie
du solide friable
du grand né du tout petit
de l’éphémère qui dure

une vie de falaise

Pour l’instant nous sommes allés piocher à l’étranger, mais bien sûr il y a de belles nouveautés en Belgique aussi !
Ainsi, chez Tétras Lyre on publie Écart–type de notre collègue et ami Célestin de Meeûs, ancien bénévole à la boutique et récemment gagnant du prix de la Vocation pour Cadastres (publié chez Cheyne). Célestin on l’a vu grandir dans son travail d’écriture parti d’essais en prose (avec deux booklegs de la collection Bruxelles se conte : Nouvelles pour nouveaux-nés et Chiner) mais nous l’avons toujours su poète dans l’âme, aussi grâce à On peut se permettre, la revue qu’il publie avec Tom Nisse et qui héberge aussi certains de ses poèmes. Dans Écart-type, on voit son écriture rejoindre une certaine maturité, se défaire des formules pour se livrer à une poésie en mouvement, où les voyages deviennent étincelles dans l’œil du poète pour se transormer en messages d’amour et de révolte.

Et la maison L’âne qui butine, dont l’éditrice Anne Letoré vient de publier chez nous une petite histoire bruxelloise sur fond érotique (Un tapin un bouquin), nous fait découvrir une œuvre d’un écrivain culte, Jacques Abeille, l’un des derniers écrivains directement liés au mouvement surréaliste et auteur du cycle romanesque des Contrées, une œuvre fantastique exquise récemment re-publiée au format poche par Gallimard SF.
Dans ce cas, il s’agit non de un mais de deux livres. L’un, Tombeau pour un amour dans la lumière de sa perte, du même Jacques Abeille, est la tentative de faire revivre et nous faire vivre le souvenir d’une histoire d’amour non commune, l’autre, Petites pages pour un petit page, signé par son pseudonyme pornographique Léo Barthe, est par contre une histoire inventée. Et le dualisme entre les deux livres fait qu’on passe de la sombre mélancolie du premier au léger érotisme du deuxième, mais toujours à travers une langue purement magique dans sa formulation, que je vous conseille sans modération.
Cerise sur le gâteau, le travail d’éditeur est dans ce cas mené plus loin que d’habitude : ces livres, réunis dans un coffret, sont vraiment beaux, délicatement cousus et reliés, avec une attention prêtée à chaque détail.

Je termine en mentionnant une des dernières publications de notre maison d’édition sœur, l'Arbre à paroles, qui publie Passeports pour ailleurs de Daniel De Bruycker, déjà auteur admiré de nos Neuvaines 1 à 3 et 4 à 6. Encore un livre dans lequel ce poète s’amuse (mais avec oh quelle rigueur !) à inventer un monde et une culture, celle des Wu-sun des Monts du ciel, petit peuple pastoral de Haute-Asie, pour nous  transmettre le trésor de leur « poésie mémorielle », 99 brefs poèmes-testaments de différentes sources, où la maîtrise du style permet de savourer pleinement cette « découverte archéologique », et qui va jusqu’à proposer les reproductions graphiques de ce langage disparu. Un livre qui sera un cadeau d’une finesse délirante et que vous pourrez trouver dans notre boutique tout au long de ce mois de décembre.

Voila pour un tour rapide, il ne s'agit que de certaines des perles que nous avons ramenés, mais pour ne pas trop vous charger nous renvoyons ces louanges à d'autres occasions, ou alors venez directement nous en demander des nouvelles entre une frite et une balade dans le parc.

Le froid et la pluie ne nous font pas peur, chez nous l'espace est petit, mais il y fait bon, vous pouvez fouiner en prenant tout votre temps et si vous le voulez nous vous offrons même un café pour vous asseoir en feuilletant ou en discutant.

Les boutiquiers vous attendent donc, en commençant par ce weekend pour fêter le 8e anniversaire de notre Domo de Poezia bruxelloise !

M. O.

 

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Marcello Oro

Marcello Oro

 
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